
Jean Ferrat s'est éteint le 13 mars dernier. Il incarnait une figure hélas en voie de disparition dans la scène musicale contemporaine, encombrée par les braillards et les poseurs : celle du chanteur intellectuel et engagé, qui a un vrai regard sur la société, une vraie vision critique, de vraies indignations, qui ne doivent rien à une volonté de promotion : Ferrat était un humaniste sincère.
Et parfois visionnaire : dans cet entretien avec Jacques Chancel , il pressentait l'avènement de la télé-poubelle qui nous envahit aujourd'hui , et il avait, dans sa chanson la porte à droite (hélas toujours d'actualité) raillé la droitisation du PS durant les années 80, annéees du grand renoncement . Il devait revenir sur ce sujet, avec un humour caustique, dans sa chanson Les jeunes imbéciles , hilarante évocation des "repentis" de 68.
Contrairement à des gens comme Ferré ou Brassens, Jean Ferrat n'estimait pas que certains combats étaient plus importants que d'autres : c'est ainsi qu'on l'entendit soutenir l'égalité hommes-femmes (La femme est l'avenir de l'homme) et dénoncer (entre autres) l'homophobie dans Le bruit des bottes .
Mais sa plus belle chanson restera sans conteste Un air de liberté , vibrant plaidoyer anticolonialiste, qui fut censuré à la radio à la télévision, car il y mettait en cause Jean d'Ormesson, alors directeur du Figaro.
Et même si certains, dans une tentative de récupération, ne craignent pas de réecrire l'histoire et tentent d'enrôler le chanteur à peine disparu dans leurs croisades néo-libérales, ceux qui ont écouté la voix chaude de Ferrat , ceux qui ont été témoins de son engagement, de sa passion, le savent : Jean Ferrat était un véritable homme de gauche.
Ecouter l'hommage de Là-bas si j'y suis à Jean Ferrat : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1873/